Retranscription des débats des 9èmes Rencontres Internationales Jules Verne, les Arts de la Représentation, actes publiés dans la Revue Jules Verne n°33/34. Décembre 2011

Publié le par rjv

 

 

Avertissements : les débats des neuvièmes Rencontres Internationales Jules Verne qui ont eu lieux à Amiens en avril 2011, n'ont pû être publiés dans la Revue Jules Verne. Ces débats ont été retranscripts par Claude Lepagnez, Véronique Simard et Alexandre Tarrieu que nous remercions ici. Malgré tout le soin que nous avons essayé d'apporter, certains intervenants n'ont pas été identifiés et certaines interventions se sont révélées inaudibles. Nous nous excusons auprès des personnes concernées qui, si elles se reconnaissent ou veulent préciser leurs dires, peuvent nous contacter. Nous procéderons alors aux modifications demandées.

 

Retranscription des actes :

 

Introduction

 

Retranscription par Véronique Simard

 

Patrice SOULIER :

Bonjour à tous et bienvenue à ces 9èmes Rencontres internationales Jules Verne. Pour commencer, je tiens à remercier tous les intervenants qui ont répondu à l’appel à communication et les membres du Conseil d’Administration du Centre international Jules Verne qui m’ont assisté dans l’organisation du colloque, le Président Samuel Savreux, Jean-Paul Dekiss, Céline Giton et d’autres membres comme Alexandre Tarrieu, Alain Braut et Jean-Pierre Picot qui m’ont vraiment beaucoup aidé. Et enfin celle sans qui ces rencontres ne seraient pas ce qu’elles sont, Véronique Simard qui est près de nous et que l’on peut applaudir car elle a fait un très bon travail.

Le sujet de ces rencontres est donc « Jules Verne et les arts de la représentation ». Ce matin, pour ouvrir le colloque j’ai tenu à avoir à mes côtés, Issam Marzouki pour mettre à l’honneur la Tunisie. Bienvenue Issam et merci de présider cette première demi-journée.

 

Issam MARZOUKI :

Merci à toi Patrice. Je serai bref parce que je pense qu’on a très peu de temps. Je tiens absolument à remercier tous les amis qui m’ont invité. Après 2005, j’ai eu le plaisir et le grand honneur d’organiser un colloque à Tunis autour de « Jules Verne, l’Afrique et la Méditerranée » avec Jean-Pierre Picot. Je me retrouve ici et c’est pour moi aussi une manière de rendre hommage à Jules Verne dans son fief. Jules Verne qui a énormément donné à mon pays d’une certaine manière puisqu’il l’a abordé dans cinq de ces œuvres, d’une manière plus ou moins importante, parfois un peu biaisée, y compris dans L’Invasion de la mer qui est un roman dans lequel on voit la Tunisie mais où on ne voit pas du tout les tunisiens. Je vous parlerai tout à l’heure, en début d’après-midi, d’une adaptation ciné-roman du Maître du monde. Pour l’instant on va ouvrir la matinée avec l’intervention de Jean-Yves Paumier qui est Chancelier littéraire de l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire.

 

ARTS DU SPECTACLE

 

Jean-Yves PAUMIER : Bonjour mes amis. C’est sympathique de se retrouver autour de Jules Verne et en plus, ici à Amiens, dans sa maison. Le thème que je voulais aborder aujourd’hui est un thème qui se veut gai dans la série des arts d’interprétations. J’ai voulu placer le cirque et les chansons. Les chansons ont déjà été abordées peut-être à un certain nombre de reprises y compris dans une revue qui en a fait le point récemment. L’Académie de Bretagne a, en 2005,  éditée un CD des chansons de Jules Verne en reprenant des partitions, mises en musique pour la plupart par Aristide Hignard.

 

Intervention de Jean-Yves Paumier : Cirque et Chansons : Revue Jules Verne p.13-29

 

P. SOULIER : Merci Monsieur Paumier de nous avoir rappelé ce lien si pertinent entre ces arts populaires que sont la chanson et le cirque et la littérature de Jules Verne qui est aussi une littérature populaire.

Nous allons maintenant accueillir Irène Zanot qui nous vient de Rome. Elle va nous parler d’une adaptation radiophonique d’Orson Welles du Tour du monde en 80 jours.

Petite modification dans le programme. Marie Dekaeke nous parlera demain. Mme Mathé est absente en raison d’un deuil familial.

 

Irène ZANOT : Bonjour tout le monde. Je tiens à remercier M. Jean-Pierre Picot et M. Patrice Soulier. Je vais vous parler de l’adaptation d’Orson Welles du voyage du tour du monde.

 

Intervention de Irène Zanot : Philéas Fogg chez Orson Welles : RJV p.29-41

 

I. MARZOUKI : Merci Irène. Je pense que l’on a débordé légèrement. On va prendre quelques minutes de pause. Suite à quoi, nous entamerons nos petites discussions autours des deux communications.

 

[DEBATS]

 

Jean-Jacques NASONI : Deux points sur l’intervention de Jean-Yves Paumier. Une de type mise au point et l’autre ouverture à débat. La mise au point : je conteste un peu la formule reçue d’  « Emile Riquier, élève Eiffel ». Nous connaissons le nom du maître — cela traîne dans tous les bouquins — le nom de l’architecte chez lequel Emile Riquier, architecte amiénois, né à Amiens et mort à Amiens, a pris des cours ; il était contemporain d’Eiffel mais il n’était pas son élève. Comme je ne connais pas le nom de l’architecte en question je ne veux pas dire de bêtise surtout pas si nous sommes enregistrés et retranscrits dans des actes, n’est-ce pas. Ceci dit, Jules cite bien Eiffel dans le discours d’inauguration du cirque. Le deuxième point ouvrant à débat : vous avez dit que les chansons de Jules Verne étaient très datées. Je pense que cela se sent, je crois que de nos jours cela ne passerait plus. Néanmoins, il est intéressant de savoir que cela était chanté comme ça et que c’était comme ça que c’était représenté. Il faut donc se remettre dans l’époque. Donc la question que je me pose c’est de savoir si cela ne serait pas opportun de faire une légère modernisation de ces chansons-là, de manière à conserver l’esprit de l’époque mais à la rendre un peu plus potable pour les contemporains et d’autre part, d’en faire une version visuelle. Ce que je suis en train de me dire, c’est qu’effectivement c’était chanté dans les mercredis de Mme Verne, dans cette maison. Je pense que Jules Verne chantait ou sa femme. Est-ce qu’il ne serait pas intéressant avec les moyens dont nous disposions actuellement de faire une évocation des chansons de Jules Verne dans sa maison et de manière un plus présentable pour un public contemporain ?

 

J-Y. PAUMIER : Il y a trois questions dans votre propos. La première sur Eiffel, j’avoue que je n’ai pas travaillé la question. Je n’ai pas de réponse. Je pense que c’est l’inspiration Eiffel, le style Eiffel, les charpentes métalliques, plus que l’élève à proprement dit. C’est un « élève » à mettre entre guillemet ou en italique plus qu’au centre direct. C’est l’époque qui le veut. Une construction qui tient debout d’une manière différente de ce que l’on avait vu à l’époque. La deuxième question sur la qualité des chansons de Jules Verne, c’est vrai que c’est daté mais c’est très intéressant. Je ne suis pas moi-même, ni musicien ni même critique musical. Nous avons élaboré ce CD des chansons de Jules Verne avec des spécialistes. Deux d’entres eux, l’un est René Martin, organisateur des Journées de Nantes, qui connaît la chanson et l’autre qui est Patrick Barbier qui est critique musical et fait parti de notre Académie et qui est lui aussi un grand spécialiste. Et tous les deux se sont trouvés, à la lecture des partitions et des textes, un peu inquiet. Au résultat de l’interprétation, on trouvait que cela avait effectivement un certain charme et méritait une attention. Bon, comme d’autres domaines, d’autres chansons ou d’autres domaines artistiques, il faut les regarder en se projetant dans le temps, en regardant l’aspect un peu patrimonial que cela représente, mais il y a un intérêt qui malgré tout est évident. On peut prendre plaisir à les écouter, cela change des chansons que l’on a l’habitude d’entendre. Sur le troisième point, l’idée est très bonne. On peut bien sûr imaginer mettre en scène… bon, ce n’est pas évidement à chanter quand même. Nous avions pris deux artistes, le pianiste et la chanteuse qui sont de très très bons niveaux et qui sont des participants réguliers. Emmanuel Strosser et Françoise Masset qui sont de très grands artistes. Elle a notamment une diction qui est très claire, on comprend bien les paroles ce qui n’est pas évident dans ce genre de chansons mais cela peut donner lieu à des petits spectacles. Ce n’est pas très longs effectivement, une saynète dans une maison comme celle de Jules Verne.

 

J-J NASONI : deux petits compléments que j’ai oubliés dans mon intervention. Nous avons des témoignages dans les premiers bulletins de la Société Jules Verne sur le type de voix de Jules, parce qu’il n’y a pas d’enregistrement de Jules Verne, par contre il y a des personnes qui l’ont connu, qui l’ont entendu chanter et ils qu’il était ténor léger. Il parait qu’il avait une voix très douce et très mélodieuse. Dans une interview avec un journaliste, Jules Verne esquisse lui-même la chanson. Il se met à chanter « alerte, alerte etc ». Je pense qu’il serait intéressant de recréer un peu visuellement ce genre de chose.

 

Monique CRAMPON : C’est une petite remarque également qui s’adresse à Jean-Jacques Nasoni. C’est à propos du rapport Riquier-Eiffel. J’ai eu récemment l’occasion de regarder le discours-réponse que Jules Verne avait rédigé pour la réception de Riquier. Or, il n’est absolument pas question d’Eiffel. Et deuxièmement, à propos de la chanson, l’histoire de la chanson, M. Nasoni, vous n’avez pas parlé de En revenant de Barnum. Bon on ne peut pas parler de tout mais Barnum c’est cette chanson bien connue et qui est en Picard. Il y est question des éléphants, la culture des éléphants. Il y a donc des éléments sur les éléphants qui recoupent un petit peu ce qui est évoqué par Jules Verne. C’est ce que j’attendais un petit peu de votre science, moi je ne l’ai pas.

 

Volker DEHS : je voudrai revenir sur le personnage de Barnum qui est vraiment essentiel surtout pour les premiers romans de Jules Verne et il y a peut-être deux raisons. D’une part, le personnage de Barnum incarnait pour Jules Verne ce qu’il croyait le caractère national des américains. Je crois que M. Guillaud est là pour nous en parler d’avantage mais l’autre raison c’est que Barnum a fait des tournées en Europe au XIXe siècle et dans l’une de ses premières, il est passée par Nantes en 1842 ou 43, je ne m’en rappelle plus. Alors, il est tout à fait possible que Jules Verne à cette époque-là ait pu voir le cirque de Barnum, à Nantes même. Ce qui est drôle c’est que 60 ans plus tard, Barnum est revenu en France et il était aussi à Amiens en 1902 avec 40 000 spectateurs. On n’a pas la preuve que Jules Verne l’a vu mais c’est tout à fait possible.

 

P. SOULIER : Une autre intervention ?

 

I. MARZOUKI : Simplement une petite remarque. A propos des adaptations radiophoniques de Jules Verne, j’ai une petite information sur une petite adaptation radiophonique des Enfants du Capitaine Grant qui a été faite à Tunis en 1967. C’est un comédien, un vieux routier du théâtre et de la radio tunisienne, qui est décédé maintenant, qui a réalisé cette adaptation en douze épisodes. Malheureusement, on a perdu toute trace de cette série qui est très belle. Moi je l’avais écouté dans le temps lorsque j’étais gosse et je m’en souviens très bien. Je me souviens de détails sauf que malheureusement j’ai cherché dans les archives de Radio Tunis, cela a disparu, et c’est bien dommage. C’est une petite information que je lance comme ça.

 

Je pense que Volker n’a pas besoin d’être présenté. C’est notre grand spécialiste, peut-être le plus fin connaisseur des détails à propos de Jules Verne. J’ai eu l’honneur de le recevoir en 2005 à Tunis et il va nous entretenir des Drames du crépuscule, l’exemple de Famille-sans- nom.

 

V. DEHS : Merci Issam. Bonjour à tous. Lorsque j’ai choisi le titre les Drame du crépuscule ce n’était pas pour faire allusion à l’opéra de Richard Wagner qui ne joue presqu’aucun rôle dans ma communication mais de faire allusion à un article de Christian Chelebourg publié il y a une quinzaine d’année sur les Drames de l’aube.

 

Intervention de Volker Dehs : Les drames du crépuscule : Famille Sans-Nom, RJV p.53-67

 

P. SOULIER : Merci beaucoup Volker pour cette communication pleine de précisions. Nous allons maintenant accueillir Isabelle Scaviner qui est doctorante à l’université de Caen et qui va nous parler de l’adaptation théâtrale des Tribulation d’un chinois en Chine par Claude Farrère et Charles Méré.

 

Isabelle SCAVINER : Bonjour. Je vais commencer par dire que je dois ma présence ici à Jean-Pierre Picot qui m’a sollicitée pour venir parler de cette adaptation. Nous avons échangé par mail à l’occasion d’un colloque en Tunisie auquel nous devions nous rendre début janvier mais qui a été reporté à cause de l’actualité et il m’a donc proposé de travailler sur cette pièce or, je ne suis pas du tout spécialiste de Jules Verne. Je préfère le dire. Cette intervention autour de l’adaptation du roman de Jules Verne Les Tribulations d’un chinois en Chine rejoint mon travail sur la création théâtrale durant la période coloniale puisque la pièce de Charles Méré et Claude Farrère a été créé et représentée à l’occasion de l’exposition coloniale de 1931.

 

Intervention de Isabelle Scaviner : Les Tribulations d'un chinois en Chine, RJV p.41-53

 

Retranscription par Claude Lepagnez

 

[DEBATS]

 

Alexandre TARRIEU : cette question s’adresse à Volker : c’est quoi la pièce dont tu as parlé au début ?

 

V. DEHS : « Les accords d’Alcide » est une pièce perdue, dont il ne subsiste que le deuxième acte. Son manuscrit a été déposé à la Bibliothèque de Nantes. C’est une histoire tout à fait plaisante et très, très, bien écrite. Ce sont deux concurrents qui se rencontrent dans le même restaurant, et qui sont obligés d’y rester toute la nuit. Cette pièce a été écrite en collaboration avec Emile Abraham, auteur qui travaillait au Théâtre de la Porte Saint Martin, et avec un ami amiénois, qui s’appelle Jules Henry, et qui a collaboré, après, avec Jules Verne, pour Mathias Sandorf. En fait, il a réalisé l’adaptation de Mathias Sandorf. Cet acte 2 a été publié à Nantes, dans le théâtre inédit. Mais, les actes 1 et 3 ont été perdus. Alcide est le nom de plume de l’un des personnages, sans autre précision, à cause des actes manquants.

 

A. TARRIEU : ah oui ! Jules Henry c’est le vrai nom de George Maurens.

 

Anonyme : Vous avez dit, à juste titre, qu’à partir de 1910, le cinéma chasse le théâtre. Il y a une lettre de Michel Verne à Louis Jules Hetzel, qui date de 1916 ou 1918, où il dit : « Nous portons à la scène les 500 millions de la Begum ». Il a fait le film, cela on le sait. Mais, il a parlé de cette pièce de théâtre. C’est dire que les adaptations au théâtre ont continué au delà de 1910.

 

Lauric GUILLAUD : Pour la couleur, il y a quelque chose à dire. Il y a des films colorisés depuis les débuts du cinéma, pas seulement des films teintés, pas seulement des films expressionnistes, comme « Nosferatu ». Mais, des films colorisés à la main, comme « La sonate de l’amour » (1910). C’est une première chose. Quant au cinéma procédé couleurs cela apparaît en 1920. Il a donc une erreur du journaliste à l’époque. Il y a des courts métrages dès avant 1925. Le cinéma a toujours été sonore, avec des procédés certes différents, mais il a toujours été sonore, même différent du Technicolor.

 

CINEMA

 

Retranscription par Alexandre Tarrieu

 

Jean-Pierre PICOT : J’ai le grand plaisir de présider avec ma collègue venue d’Espagne, de Saragosse et de commencer la séance de cet après-midi par la prestation d’un vieil ami à moi, Lauric Guillaud, qui est professeur de littérature et de civilisation anglo-américaine à l’Université d’Angers après avoir été au Mans et à Nantes. Lauric Guillaud est une grand travailleur, un chercheur infatigable, un grand spécialiste du mythe de l’Atlantide et il a derrière lui une bibliographie impressionnante. Je suis très heureux de l’accueillir ici.

 

Intervention de Lauric Guillaud : L’Influence aux Etats-Unis, RJV p.216-226

 

J-P PICOT : Après Lauric Guillaud, nous allons écouter Gilles Menegaldo qui est lui aussi professeur de langue et de civilisation anglo-américaine à l’Université de Poitiers et qui, comme Lauric Guillaud, est un grand chercheur et un grand travailleur, passionné de fantastique et de cinéma, surtout de cinéma anglo-saxon. Il a à son actif de multiples publications, deux ou trois forts beaux colloques à Cerisy-la-Salle et il va nous parler de Verne au rythme du cinéma hollywoodien, convention, générique et idéologie.

 

Intervention de Gilles Menegaldo : Au prisme du cinéma hollywoodien, RJV p.99-113

 

J-P PICOT : Comme nous n’avons cessé de le dire, il convient de rééquilibrer le casting, il faut des personnages féminins. Ainsi nous avons le plaisir d’accueillir Mademoiselle Angélique Mottet.

 

Maria Pilar TRESACO : Angélique est doctorante à l’Université d’Amiens et elle va nous parler de Verne et Méliès.

 

Intervention de Angélique Mottet : Méliès et Verne, une histoire de filiations…, RJV p.67-85

 

[DEBATS]

 

J-P PICOT : Merci. Il y a eu une époque où, à Cerisy-la-Salle, la petite fille de Georges Méliès était présente chaque été. Est-ce que les films de Méliès sont disponibles en commerce ?

 

Angélique MOTTET : Oui, il y en a… on les trouve aussi sur internet.

 

Alain BRAUT : Pour répondre à ta question, il existe un coffret DVD avec six DVD qui a été édité il y a quelques années et qui contient l’intégralité des films de Méliès.

 

M Pilar TRESACO : J’ai vu que vous avez utilisé une image des classiques illustrés…

 

Lauric GUILLAUD : Oui, c’était simplement pour montrer la postérité anglo-saxonne qui continue d’ailleurs, qui est totalement pérenne du Voyage au Centre de la Terre du côté américain. J’aurai pu en choisir mille. Je crois que la première couverture que j’ai montrée du Voyage au Centre de la Terre, c’est Amazing Story, c’est-à-dire les années 1920. Celle que j’ai montré ensuite, c’est les années 1950, même peut-être 1960. C’est simplement une illustration. Mais il faut savoir que dans les premières traductions de Jules Verne aux Etats-Unis, il n’y avait pas de couverture illustrée. C’est seulement dans les magasines plus tardifs qu’il y a eu des couvertures un peu plus accrocheuses.

 

M Pilar TRESACO : Elle est presque semblable à une couverture qu’il y a eu en Espagne à ce moment-là. C’est pour cela que çà m’a marquée.

 

L GUILLAUD : Il y a une certaine forme de récurrence qui ressemble presque à des stéréotypes. Par exemple, si l’on pense au Voyage au Centre de la Terre, le plus souvent, on pense au combat des monstres. Cela passe petit-à-petit dans l’inconscient collectif. L’originalité du roman de Verne, c’est que les héros n’arrivent pas au centre de la Terre mais par contre, la mer intérieure avec le radeau et le combat de ces créatures pas totalement vraisemblables sur le plan scientifique, va complètement polariser l’époque parce que c’est nouveau. Enfin, c’est nouveau… Verne a pompé cela sur Figuier qui le tenait d’autres etc. Cette filiation est très intéressante même si on s’y perd parfois. Il faut beaucoup de prudence dans les filiations…

 

Philippe BURGAUD : Pour compléter sur les classiques illustrées, j’ajouterai que pour la couverture c’est la même dans tous les pays du monde.

 

M Pilar TRESACO : Ce n’est pas vrai, ce n’est pas exactement la même.

 

P. BURGAUD: On les retrouve dans énormément de langues…

 

M Pilar TRESACO : avec des variantes…

 

P BURGAUD : Oui, le titre…

 

M Pilar TRESACO : et les images aussi…

 

A BRAUT : A un moment donné, je n’ai pas bien compris la conclusion. Vous avez montré l’illustration d’un appareil qui ressemble beaucoup à l’Albatros et l’Albatros à côté et, vous avez conclu par il est évident que c’est eux qui se sont inspirés de l’Albatros et non l’inverse. Je n’ai pas compris la raison.

 

L GUILLAUD : Moi-même j’ai failli me perdre dans ce dédale de miroirs qui se réfléchissent. J’ai failli à un moment me dire : « mai oui, c’est évident, ce sont les américains qui ont été copiés par Verne ». Or, évidemment, j’ai revérifié la date de ces différentes illustrations et j’ai bien vu que c’était Verne qui était pompé. Et même pour Maître du Monde, j’ai énormément de mal à croire que les américains aient pu, d’une certaine façon, donner à Verne l’idée de cet appareil amphibie.

 

Alexandre TARRIEU : Pour Maître du Monde, les américains n’ont nullement donné l’idée à Verne. On sait maintenant que la vraie source de l’Epouvante vient d’un navigateur et pionnier de l’aviation qui s’appelait Alphonse Penaud. Jules Verne a connu réellement les plans dont il s’inspire pour le roman. Il cite d’ailleurs Penaud dans Robur-le-Conquérant. Dans Maître du Monde, on découvre l’Epouvante et les plans étaient déjà connu puisque Simon Lake les connaissaient, donc je pense que l’illustrateur américain, en fait, connaissait les plans.

 

Volker DEHS : Une remarque à propos de Méliès. Je pense que l’influence du spectacle de théâtre a été beaucoup plus importante car on oublie souvent que le spectacle a montré un Voyage dans la Lune de Jacques Offenbach. Il y a une raison très simple pour cela, Méliès n’avait pas le droit de s’inspirer directement de Jules Verne.

 

BANDE DESSINEE ET ANIMATION

 

Jean-Pierre PICOT : Je vais tenter d’introduire ici M. Issam Marzouki, d’abord parce que c’est un ami, ensuite parce que c’est un tunisien, ce qui, maintenant, est un titre de gloire suffisant en soi-même, je pense, et troisièmement parce que c’est le, le vernien de Tunisie. Il a publié un certain nombre d’éditions tout à fait délicieuses et commenté les grands romans de Jules Verne. Nous avons dirigé en 2005, début mai, un colloque dans l’Institut supérieur de langues où il est professeur et directeur, un colloque consacré à Jules Verne, l’Afrique et la Méditerranée, dont nous avons un bon souvenir, il y avait Volker, et il prépare un livre sur la robinsonnade. Il est aussi actuellement directeur d’une station de radio, Radio Tunis Internationale.

 

Intervention de Issam Marzouki : Robur, du roman au ciné-roman, RJV p.127-139

 

J-P PICOT : Bravo, c’était très passionnant comme d’habitude. Nous allons partir, après la Tunisie, en Tchéquie, en accueillant M. Jan Rychlik qui est un amateur bien connu des verniens, un amateur au bon sens du terme, çà vient du latin  amare  qui  veut dire aimer, un amateur c’est quelqu’un qui aime, et souvent les amateurs sont bien supérieurs aux professionnels. Il prépare une traduction des nouvelles de Jules Verne, petit trésor comme La Famille Raton ou comme Maître Zacharius.

 

Intervention de Jan Rychlik : Le Mystère du Château des Carpathes (CINEMA), RJV p.113-127

 

J-P PICOT : Merci, c’est une communication extrêmement distrayante. Après la Stilla, nous allons accueillir la Diva Patrice Soulier, le maître d’œuvre de ces Rencontres qui, lui-même, est un baryton de fort bonne qualité car c’est un musicien et il va donc nous parler de l’objet de sa thèse en préparation : Karel Zeman.

 

Patrice SOULIER : Et bien non ! Je ne vais pas vous parler de Karel Zeman, je vais vous parler d’un objet qui parait beaucoup moins sérieux mais dont je vais vous montrer qu’il l’est tout autant, je vais vous parler de l’Animé japonais et non pas du manga. Un manga c’est une bande-dessinée au Japon. En terme de dessins animés, on parle d’Animé. Cet Animé est une adaptation de L’Etonnante aventure de la mission Barsac qui, comme chacun le sait, n’est pas un roman de Jules Verne. En 1978, Piero Gondolo della Riva a démontré qu’il s’agissait d’une œuvre de Michel Verne. Mais, si pour les verniens la question de garder dans le corpus cette œuvre se pose, pour les non spécialistes, c’est une évidence, elle en fait bel et bien partie.

 

Intervention de Patrice Soulier : L’Etonnant « Anime » de La Mission Barsac, RJV p.153-173

 

[DEBATS]

 

P. SOULIER : On va procéder ensuite à une visite de la Maison de Jules Verne.

 

J-P PICOT : On va peut-être d’abord faire une petite discussion. Nous avons eu trois communications qui surfaient de façon magistrale sur les questions audiovisuelles, celle de M. Marzouki, celle de M. Rychlik et celle de M. Soulier. Alors, avez-vous des remarques, des questions ?

 

Lauric GUILLAUD : Juste un petit commentaire en ce qui concerne l’historique du genre du ciné-roman. Quand Le Monde Perdu a été publié par le « Strand Magazine » en 1912, il s’est présenté sous forme de photomontage. Donc, c’était la première fois qu’il y avait de la part de Conan Doyle une volonté de leurrer le lecteur en lui présentant des photos du Monde perdu comme si elles étaient vraies. Les personnages de chairs et de sang n’étaient plus du tout issus des gravures mais véritablement de réels personnages contemporains. Ensuite, en 1925, il y a eu la première adaptation cinématographique de Harry Hoyt et juste après, il me semble, mais je n’ai pas la date exacte, il y a eu un ciné-roman qui était fait, donc, du Monde perdu. Ce qui est tout de même étonnant, c’est de voir que, dans Maître du Monde, la dernière case montre un lieu que tout le monde connaît sans le connaître tout en le connaissant, c’est d’abord, évidemment, le lieu même du repère, c’est-à-dire la montagne Eyry mais, c’est étonnant car, ceux qui connaissent l’Amérique, savent que c’est un lieu réel, c’est la montagne du diable, la montagne du diable qui va être le lieu de rencontre du troisième type ; et, c’est étonnant de voir –il y aurait sans doute une recherche à faire sur l’historique du lieu-, mais la première adaptation cinématographique de ce lieu, c’est sans doute Charlton Heston qui reçoit les tables de la loi sur une plate-forme dans Les dix commandements, d’autant plus que dans Les dix commandements, cette séquence est elle-même adaptée d’une gravure de Gustave Doré. Certains pourraient voir d’ailleurs dans ce lieu typiquement américain la pyramide tronquée que l’on voit sur le billet de 1 dollars. C’est très américain cette montagne coupée. Je crois qu’il y aurait tout un historique à faire parce qu’il me semble que cette montagne du diable a été utilisée dans d’autres films encore.

 

Issam MARZOUKI : Cela complète un tout petit peu ce que j’avais dit pour ce qui est des ciné-romans bâtis à partir de films muets. Il y en a eu beaucoup. C’était même un genre assez courant sauf qu’il y a une distinction fondamentale à faire entre ces ciné-romans là et les ciné-romans italiens. La distinction fondamentale réside dans la technique de la bulle et la présence du texte. Moi je me suis exprimé à propos des ciné-romans qui ont une parenté beaucoup plus forte avec le cinéma parlant. Pour ce qui est de la montagne biblique, d’accord, cela est évident et d’autant plus marqué qu’au début du film le cinéaste joue sur l’effet de la voie off de Robur qui s’exprime un tout petit peu comme la voie de Jéhovah.

 

Jacques DAVY : Avant de travailler sur Voyage d’études, je m’étais beaucoup intéressé à la Mission Barsac. Je savais que ce n’était pas de Jules Verne mais pour faire enrager certaines personnes que j’aimais bien, je disais toujours, lorsque l’on me demandait quel était mon livre préféré de Jules Verne, que c’était celui-là. Ce n’était pas tout à fait  exact mais pas loin… Je ne suis pas tout à faire d’accord avec ce qui a été dit. Je trouve que Michel ne règle pas ses comptes avec son père dans ce livre là. Au contraire, je pense qu’il parachève et qu’il clore. Les relations se sont apaisées entre le père et le fils. On sait que le père avait en quelque sorte donné le visa pour l’Agence Thompson and co, entièrement rédigé par le fils. Dans le Mission Barsac, il y a un dépassement du problème qui est très caractéristique de Michel Verne, c’est l’introduction du politique qui se substitue au géographique. Cela suit d’ailleurs l’évolution de la colonisation, de la découverte etc. mais cela est assumé par le fils et non par le père. Le père évite de s’engager dans ces sujets là. C’est la différence entre En Magellanie et Les naufragés du Jonathan. La connotation politique est beaucoup plus forte dans Les naufragés. C’est là que l’on voit la marque du fils. En ce qui concerne La Mission Barsac, c’est un concentré des thèmes et des procédés d’écriture. Les procédés d’écriture sont parodiés mais on voit bien que ce n’est pas Jules Verne lorsque l’on est habitué à l’auteur. Jusqu’aux problèmes linguistiques où il s’était bien inspiré avec l’esperanto, il est passé sur des langues indigènes. Il a pris la petite grammaire de Binger, il a piqué dedans et abandonne l’esperanto pour des raisons dont on ne sait  pas trop lesquelles –je n’ai pas d’ailleurs été convaincu par l’article paru dernièrement dans le Bulletin de la Société Jules Verne, concernant les explications d’interruption de Voyage d’études ; mais ceci dit je n’ai pas d’explications non plus.

 

Jean-Jacques NASONI : Je crois que l’on peut dire la même chose de Maître du Monde qui m’a l’air d’être un roman très politique et très tardif dans lequel je ne reconnais pas le style de Jules Verne. Il me semble qu’il est en réalité de Michel Verne. Et lorsque j’ai lu le livre de Samuel Sadaune avec les dates de parution, je me suis dit « bon sang, mais c’est bien sûr ! ». On sent un style Michel Verne, celui de la Mission Barsac. Et contrairement à ce que vient de dire Patrice, je pense qu’il conviendrait quand même de distinguer ce qui est du Jules, du pur Michel, du Michel fait en accord du père et sous lequel Jules a le culot de mettre son nom…

 

P. SOULIER : Aujourd’hui, tout le monde sait que Barsac n’est pas de Jules, mais en 1978, L’Etonnante aventure de la mission Barsac a été reçu comme un texte de Jules, il ne faut pas l’oublier. Masataka Ishibashi, à qui je dédie cette communication, dit qu’au Japon, on ignore que c’est un roman de Michel. Il est publié dans une collection de poche avec Jules Verne.

 

Eric DOUCHAIN : Est-ce qu’il y a d’autres romans de Verne adaptés en animé ?

 

P. SOULIER : Je travaille essentiellement sur le cinéma d’animation et les japonais ont réalisé un nombre d’adaptation en animés très important. Il y a par exemple Nadia et le secret de l’eau bleue qui est une suite à 20 000 lieues sous les mers. Il y a aussi plusieurs versions de Deux ans de vacances dont une version futuriste. Il y a une adaptation du Tour du monde en 80 jours qui est passée il y a une vingtaine d’année à la télévision, qui est une production nippone et espagnole avec des personnages animaliers. Les japonais ont une culture de Verne à travers les dessins-animés qui est impressionnante. Il n’y a pas eu encore de travail de recensement de tous les animés japonais. Il ya en plus d’autres animés qui ne font pas références explicites, qui ne sont pas des adaptations. Je pense, par exemple, à Albator qui ne s’appelle pas du tout comme çà au Japon mais qui est le capitaine Nemo. Son vaisseau, c’est le Nautilus. C’est une version de 20 000 lieues dans l’espace.

 

Volker DEHS : Voici la deuxième partie de notre programme. Nous sommes très nombreux, c’est très bien. Nous avons un programme chargé, ainsi je vous demande de bien respecter la demi-heure qui vous est accordée. Je vous présente Mme María Pilar Tresaco, Maître de Conférence à l’Université de Saragosse, chercheur principale du groupe de recherche AXEL-H57.

 

Maria Pilar TRESACO : Merci, bonjour. Je vais vous parler de Jules Verne et la Bande-dessinée en Espagne.

 

Intervention de Maria Pilar Tresaco Belio : Jules Verne en Bandes Dessinées en Espagne, RJV p.139-153

 

ARTS PLASTIQUES

 

V. DEHS : Merci Maria pour cette intervention pleine de fougue et d’enthousiasme. S’il y a des questions je vous prie de les remettre à la fin de cette première partie car nous avons un programme chargé. Nous allons continuer ainsi directement avec Mlle Marie Dekaeke qui est doctorante en histoire de l’art contemporain à l’Université Paris-ouest Nanterre et qui va nous entretenir d’un sujet très peu fréquenté par les verniens jusqu’à présent, de la sculpture chez Jules Verne.

 

Intervention de Marie Dekaeke : Quand la sculpture rend hommage, RJV p.197-216

 

V. DEHS : Merci pour ce travail qui, à ma connaissance, n’a pas encore été fait dans sa globalité. J’espère que l’on va pouvoir discuter sur ce sujet. On va maintenant rester dans le domaine de l’Art. Normalement c’est la peinture qui est toujours présentée d’abord, pour une fois ce fut la sculpture. J’invite M. Samuel Sadaune, ancien Président du CIJV, écrivain et auteur de publications sur Jules Verne.

 

Piero GONDOLO DELLA RIVA : Je me permets d’intervenir rapidement car après je dois partir. Vers L’immortalité et l’éternelle jeunesse, cette formule, je ne l’ai jamais vu sur la tombe. C’est une tradition qui est répétée. A mon avis c’est une formule qui accompagnait le projet mais on ne la trouve pas sur la tombe… [la suite est inaudible].

 

V. DEHS : Merci Piero pour ce complément. On va continuer avec la peinture.

 

Intervention de Samuel Sadaune : Peintures verniennes, RJV p.173-183

 

[DEBATS]

 

V. DEHS : Merci Samuel.

 

J-J NASONI : Un petit problème de méthode… Il y a eu trois interventions extrêmement intéressantes, qui soulèvent un tas de questions de ma part. Est-ce que l’on procède par type d’intervention ?

 

V. DEHS : Je pense qu’il faut poser les questions individuellement.

 

J-J NASONI : A Maria : si j’ai bien compris, il y a des éditions de ce texte. Est-ce que le texte est fidèle au roman de Jules Verne ou est-ce qu’il y a déjà des adaptations à l’intérieur du texte ? Et, est-ce que la BD s’écarte du texte ? Est-ce que la comparaison entre le texte de Jules Verne et la BD permet au lecteur de voir le décalage ?

 

M Pilar TRESACO : Il y a deux textes. Un premier texte pour la première édition et un second tout à fait différent pour l’édition en couleur. Les deux éditions ont été, à la fois, publiées et maintenues pendant plusieurs années. On peut lire parfaitement le roman, soit en lisant le texte, soit en regardant les vignettes. Lorsqu’arrive la couleur, il se passe que la BD, elle-même, raconte déjà l’histoire. C’est évidemment une adaptation, mais ensuite, avec le succès, ils refont une reconstitution gardant toujours les mêmes vignettes. Lors de cette deuxième édition, le texte est différent. Sauf Michel Strogoff. Michel Strogoff a été distribué avec un journal et on peut reconnaître parfaitement le roman. C’est une anecdote. Mais, parfois même, je préfère ces adaptations à certaines traductions. Surtout pour le Voyage au centre de la Terre. Je pense que c’est un travail qui a été très bien fait car à un moment donné, les enfants espagnols ont repris Jules Verne à travers cela. Et de fait, aujourd’hui, on peut le trouver dans l’édition que je vous ai montrée.

 

J-J NASONI : Maintenant, sur les monuments de Jules Verne. Piero a donné des éléments. Comme amiénois et fils d’Italien, je ne peux pas laisser croire qu’Albert Roze n’a travaillé que d’après Stecchi. Albert Roze était un ami de la famille, il venait ici, il a été accueilli dans la chambre mortuaire et par ailleurs, il était conservateur du Musée de Picardie. J’aimerai que dans un autre cadre, on creuse l’idée de l’influence de Michel Verne parce que « Vers l’immortalité et l’éternelle jeunesse », cela me semble être bien plus une préoccupation de Michel qui, par ailleurs, ne croyait pas du tout à l’immortalité et à l’éternelle jeunesse. Mais, peut-être qu’il la voulait pour son père… Je souhaiterai aussi engager un débat avec Samuel qui ne m’a pas du tout convaincu car, en temps que littérateur et photographe, il me semble que « ma plume est incapable de décrire tel paysage » est une figure dont le nom m’échappe qui traduit une modestie, soit vraie, soit faussement vraie…

 

Samuel SADAUNE : Oui, bien sûr ! Mon opinion depuis le début c’est que l’écrivain dont la formule n’aurait aucune signification serait un bien pauvre écrivain.

 

[Lauric Guillaud ou I Marzouki] : Une remarque rapide sur la photographie. Jules Verne a beaucoup évolué dans son œuvre. Dans 20 000 lieues sous les mers on ressent le conflit chez lui entre la photographie et les pratiques picturales. Au début, on a ce documentaire, de l’autre côté, en face, on a de belles gravures de de Neuville. A l’époque il fallait se différencier surtout de la photographie. Après, petit-à-petit, Jules Verne va introduire des personnages et de la photographie, par exemple dans Le Superbe Orénoque et parallèlement la gravure va se différencier de l’ancienne gravure en essayant de faire comme les photos, comme d’après photographies et, en 1912, on a l’introduction des photos et on aussi le roman Wilhelm Storitz où l’on a un personnage invisible…[le reste est inaudible]

 

Alexandre TARRIEU : Petite remarque par rapport à la tombe de Jules Verne. Dans les Mémoires de l’Académie d’Amiens, on est étonné de trouver, lors de l’admission de Jules Verne dans cette académie, dans la lettre d’accueil écrite par le directeur M. Moullart, cette phrase qui semble être à l’origine de l’idée d’élaboration par Albert Roze du tombeau : « Un grand peuple est tombé au dernier degré de l’abaissement, et à quelque temps de là, quand ses ennemis et ses envieux chantaient un de profondis ironique sur la tombe où ils le croyaient enseveli, on l’a vu soulever peu à peu la pierre, sortir de son linceul et apparaître plus vivant et plus fort ».  Jules Verne ainsi de son vivant pouvait déjà savoir la tombe qu’il allait avoir, sans s’en douter bien sûr… c’est assez surprenant…

 

Jacques Davy ? : Il est intéressant en parlant de la sculpture de savoir ce qui se faisait avant et ce qui se fait aujourd’hui. [Puis inaudible]

 

[Explications de Marie Dekaeke, sans micro]

[Puis longue intervention inaudible sur l’Esthétique vernienne (Gilles Menegaldo ?)]

 

S. SADAUNE : François Raymond a abordé l’Esthétique Vernienne mais on ne peut pas dire qu’il y a eu un travail commun et continu sur la question. Le problème c’est aussi que, savoir ce que pense vraiment Jules Verne dans sa tête c’est très compliqué. Il y a au moins une chose que l’on peut dire c’est qu’il est le témoin de tous les parlers, de tous les discours de son époque ou un reflet de ses discours. Donc, de toute façon, ses choix, l’importance qu’il donne au discours posé, mériteraient déjà d’être étudiés dans un premier temps.

 

J-P PICOT : Concernant l’intervention de Gilles Menegaldo, je précise que concernant ces aspects linguistiques de l’énonciation vernienne, il y a énormément de travail à faire et on a un certain nombre de collègues tunisiens que çà intéresse. Il y a dans le corpus vernien tout un champ d’études qui n’a pas été exploité du point de vue des études linguistiques, sémantiques etc. En ce qui concerne l’esthétique vernienne, nous sommes plusieurs à aborder ce sujet par le biais de la musique, de l’opéra, de la peinture… je ne voudrais pas me montrer très négatif mais on est obligé de constater qu’il y a chez Verne un goût esthétique finalement très conformiste. Il ne faut pas attendre de lui qu’il soit passionné par Gustave Moreau par exemple en peinture. Les propos qu’il tient sur Wagner sont d’une parfaite stupidité la plupart du temps, les beaux programmes du Quatuor à cordes de l’île à Hélice, Volker a montré que c’étaient des programmes recopiés. Lorsqu’Alice Watkins dans L’Etoile du Sud joue du Beethoven, il est clair que c’est André Laurie qui a mis du Beethoven là-dedans… donc, à l’égard de mes étudiants lorsque j’étudie tel ou tel texte où l’esthétique intervient (Storitz etc.), je suis bien obligé de leur dire que Jules Verne n’est nie Poe, ni Hoffman et il a des goûts esthétiques qui sont des goûts de bourgeois de son époque. Il n’y a pas cet espèce d’élancement visionnaire que l’on peut trouver chez d’autres écrivains à la même époque. Le génie propre de Jules Verne n’est pas de ce côté-là. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir en lui le rêve d’être un peintre, très certainement. Si à partir de 1878, les héros ne sont plus systématiquement des savants ou des explorateurs, mais des artistes, (la figure du peintre est importante), ce n’est pas par hasard. Jules Verne aurait peut-être rêvé que Michel fut un artiste en réussite. Regardez Marc Vidal au début de Wilhelm Storitz. Marc Vidal est un peintre qui a été encouragé à être peintre par son frère qui est pourtant ingénieur en chemin de fer. Mais il est bien précisé que Marc Vidal a été couronné au Salon officiel, il a la légion d’honneur etc.

 

Intervention de Jean Demerliac : Le Film Jules Verne, RJV p.85-99 (CINEMA)

 

V. DEHS : Merci Jean pour cette passionnante communication qui donne des informations tout à faits inédites. Je vous propose de passer directement d’un inédit à un autre car c’est au tour de Marie-Annick Benet. Mme Benet est descendante du célèbre illustrateur Léon Benett qui a illustré une trentaine de titre de Jules Verne et je pense que le livre qu’elle va vous présenter et qui vient de sortir, est vraiment un livre très attendu car jusqu’à présent il n’y avait que quelques articles et un catalogue d’une exposition qui a eu lieu ici même à Amiens en 1990. Cette publication a été écrite par Mme Benet en collaboration avec la famille ici présente, Pascale et Roberto qui se sont occupés du design et de la mise en page.

 

Intervention de Marie-Annick Benet : Léon Benett, RJV p.183-197

 

V. DEHS : Merci beaucoup. Il faudrait prévoir trois heures supplémentaires pour continuer la discussion mais on n’a malheureusement pas le temps. Merci beaucoup pour cette ravissante communication.

 

A. TARRIEU : Je voudrai savoir, on en a un petit peu parlé ensemble tout à l’heure, s’il y a, pour Bourses de Voyage qui se passe pour une partie à la Martinique, une influence de Benett. Est-ce que Léon Benett aurait pu inspirer Jules Verne ou avoir collaboré avec lui par rapport au texte ou autres ?

 

Marie-Annick BENET : Je ne peux vraiment pas répondre tant que l’on n’a pas de documents, ni de preuves…

 

A.  TARRIEU : Benett a écrit un petit texte sur la Martinique…

 

M-A BENET : Oui, sur la Montagne Pelée.

 

A. TARRIEU : et il était photographe. Est-ce qu’il utilisait ses photographies pour les illustrations ?

 

M-A BENET : Alors là, vous nous posez une colle…

 

Pascale BENET : Il y a une lettre de Hetzel à notre arrière grand-père où il lui dit, lorsqu’il était dans les pays exotiques, Cochinchine, Nouvelle-Calédonie, Martinique et Algérie, mais c’était surtout quand il était en Nouvelle-Calédonie : « prenez des crayons, prenez des croquis, cela servira toujours plus tard ». Et effectivement, on retrouve dans les croquis des personnages qui ont ensuite été inclus dans les dessins.

 

A. TARRIEU : Dans Bourses de Voyage, il y a des photographies qui sont dues à un américain qui s’appelait Algernon Aspinwall, donc c’est étonnant qu’en tant que photographe qui a pu prendre des photos de la Martinique, il n’y en ait pas eu de mises dans le roman. C’est pourquoi je me posais la question d’une éventuelle collaboration.

 

M-A BENET : Il faudrait aussi regarder à travers les carnets. Il y a tout un travail à faire.

 

J-P PICOT : Vous m’excuserez le caractère insolent mais quel est celle d’entre vous qui ressemble le plus à son grand-père ? Sauf la barbe bien sûr ! [Rires]. Je dis çà car j’ai toujours trouvé que votre grand-père avait une très très belle tête, ce qui pour l’époque est assez difficile car en général la barbe empêchait les hommes d’être vraiment beaux… Je m’excuse auprès des barbus… [Rires].

 

J-J NASONI : Je me suis fait la réflexion sur Un Capitaine de quinze ans en me demandant si Jules Verne ne se méfiait pas d’un Hetzel esclavagiste ?

 

M-A BENET : Oui, peut-être il les faisait travailler (Verne et Benett) beaucoup mais il leur faisait aussi donner le meilleur d’eux-mêmes. Benett a beaucoup travaillé mais en même temps chaque fois il s’est amélioré. Je trouve que les derniers dessins sont bien meilleurs que les premiers. On voit cette habitude de travailler souvent sur les sujets. Je pense qu’Hetzel était très très précis. C’est un esprit acéré. Hetzel était très humain. Cela se voit dans ses lettres. Il est très proche des personnes avec qui il travaille. Hetzel a vraiment un grand cœur.

 

J-P PICOT : Je vais essayer, en ce qui me concerne, de poser une question intelligente pour changer. Prenons le cas d’un texte qui nous fascine tous ici Le Château des Carpathes, même revu et corrigé par les tchèques [Rires]…il s’agit là d’une des plus belles séries, des plus profondément géniales de Benett. Alors, est-ce que Benett avait connaissance de la totalité du texte vernien ?

 

M-A BENET : Parfois il était un peu en décalage mais souvent il le connaissait.

 

J-P PICOT : Donc systématiquement il fait un ou deux dessins en ayant le texte ou au moins le chapitre sous les yeux… Parce qu’il y a une lecture interprétative de l’imaginaire vernien profondément génial qui est faite par Benett dans Le Château des Carpathes. Ainsi, c’est un authentique créateur. C’est çà qui est intéressant dans le cas de Benett comme dans le cas de Riou dans les premiers romans. Ce dont on peut être reconnaissant à Hetzel c’est qu’il a permis à la corporation des illustrateurs de se mettre en place en tant que créateur à part entière car, finalement, parallèlement à la création littéraire vernienne, on a la création picturale de gens de l’envergure de Riou ou de Benett.

 

V. DEHS : Je vous remercie…

 

M-A BENET : Nous avons créé aussi un site qui s’appelle : http://leonbenett.fr/

 

P. SOULIER : Merci à tous les intervenants pour ses deux journées d’étude qui se sont révélées extrêmement riches. Je vous remercie pour la qualité de vos interventions, c’était un très très beau colloque.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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NASONI Jean-Jacques 12/03/2012 09:58

Je pense que la « Femme (non identifiée) » qui, dans la rubrique ARTS DU SPECTACLE, déplore que je n'aie pas parlé des chansons en picard et de Barnum est Monique CRAMPON, dont l'attachement pour
l'œuvre de Jules Verne et la langue picarde est bien connu. Bien sûr, on aurait pu parler des rapports Barnum/Verne, comme je l'ai d'ailleurs fait lors de ma conférence sur Jules Verne et le
cirque. Mais pas du dialecte picard, dont je rappelle que Jules le définissait comme « un affreux patois qui ne saurait trop tôt disparaître » (je cite de mémoire la Géographie illustrée de la
France) !

rjv 12/03/2012 11:48



Merci Jean-Jacques pour ces précisions.