Hommage à Cécile Compère, bref historique du J.V.

Publié le par rjv

 

Bref historique du J.V. (1985-1995),

entremêlé de quelques remarques personnelles

 

Il y avait un temps où l’internet n’existait pas encore ou jouait tout au moins un rôle bien plus humble qu’il ne le fait aujourd’hui. C’est à cette époque où le J.V. fut lancé, et dont le sous-titre: « Feuille de liaison » définissait très bien sa destination. Son premier numéro, un « zéro », fut distribué lors des fêtes au 80e anniversaire de la mort de Jules Verne à Amiens en 1985 et ne se constituait en grande partie que d’un collage de divers faits-divers anonymes trouvés dans les journaux du XIXe. Mais il s’ouvrit par un canular – également anonyme – consacré à un certain « Jeler Suven », annonçant dès lors que l’humour y aurait sa place marquée.

A partir du n° 1 (1987) le ton convivial de cette publication trimestrielle, qui marquait l’entourage de Cécile et Maurice Compère (les animateurs bénévoles « de troisième âge » de ce qui était encore un « Centre de documentation Jules Verne »), s’affirmait davantage, car il s’agissait de créer un lien entre les adhérents demeurant à Amiens, en France et – déjà – en quelques autres pays, dont le Japon. On fut nombreux à l’époque, chercheurs et intéressés, à correspondre et à venir à Amiens pour travailler notamment dans le fonds si riche du Centre, fondé en 1972 par Daniel Compère, développé et animé avec tant de dévouement par la suite par ses parents déjà nommés. Si cet entourage ne laissait parfois pas d’être un peu chaotique (car les locaux n’étaient pas particulièrement luxueux), il était en tout cas sympathique et chaleureux et me restera pour toujours inoubliable. Légendaire l’immense fichier où Cécile avait tout noté, très particulier son système pour ranger les milliers de documents soit dans des dossiers spéciaux, soit dans les étagères de la bibliothèque, chacun d’eux ayant reçu son numéro selon son arrivée dans les archives. Il y avait déjà un ordinateur, offert un beau jour par Jean-Michel Margot. Mais on avait soin de ne pas trop l’employer. Il serait intéressant de savoir combien d’étudiants, chercheurs et journalistes ont pu profiter de cette ambiance pour préparer ou mettre au point d’innombrables mémoires, articles, thèses et bouquins. Plusieurs d’entre nous communiquaient au Centre les résultats de ses recherches et enrichissaient ainsi les trésors du Centre.

C’est dans cet esprit que furent conçus et publiés les premiers numéros du J.V. Ils s’en ressentent, et n’avaient certainement pas l’objectif de faire sérieusement concurrence à cet autre périodique qu’est le Bulletin de la Société Jules Verne, association dont Cécile Compère, il faut bien le rappeler, était pendant plusieurs années la secrétaire. Pas (encore) d’études fouillées et sérieuses dans ses colonnes, mais un tas de témoignages personnels, d’informations sur l’association, d’annonces et d’entrefilets plus ou moins spontanés, de comptes rendus formant une mine inépuisable de détails que l’on ne se procurerait aujourd’hui que très difficilement. Cela n’empêche d’ailleurs pas que même dans les premiers numéros, tapés à la machine et photocopiés, parfois d’une qualité douteuse, on trouve des bijoux – tels que les triolets ou des billets de Jules Verne, reproduits en fac-similé, ou les vues rétrospectives de Cécile Compère, détaillant ce qui s’était passé à Amiens en 1887 ou 1888 et signalant tant d’événements dans lesquels fut impliquée la vie du romancier.

Si Cécile Compère a assuré une grande partie des textes rédactionnels, ce furent les TUCs, employés au Centre souvent pour quelques semaines seulement, qui étaient chargés par la frappe et la mise en page, beaucoup de noms passent ainsi successivement en dernière page. Il faut les remercier à leur tour pour la réussite d’un projet qui devait alors se passer d’importantes subventions.

Avec le temps, le J.V. a évolué et le nombre ses lecteurs a évolué aussi. Si le n° 2 avait été produit à 100 exemplaires seulement, les tirages montaient vite à 300 (n° 3), 500/600 (n° 11-23), pour atteindre un maximum de mille (n° 24 à 26) et pour retomber pour les dix derniers numéros à 500 exemplaires imprimés. A remarquer que même la Bibliothèque nationale de France détient seulement une collection du J.V. qui commence par le n° 20 (1991) et va jusqu’au dernier numéro double 35/36 (1995). C’est donc une très bonne initiative d’Alexandre Tarrieu que de rendre accessible en ligne la série complète. Le caractère très hétérogène est bien fait, me semble-t-il, pour répondre aux intérêts très divers de leurs lecteurs. Si le J.V. n’a jamais renié son caractère d’origine – en font preuve notamment les témoignages d’enfants surgissant par-ci, par-là, dessins inclus – plus importantes deviennent toutefois les études sur l’œuvre et la vie de l’auteur publiées environ à partir de 1990. Et fait également preuve la réimpression de documents oubliés, tels que les rapports de Jules Verne sur l’exploitation du théâtre d’Amiens ou le légendaire numéro spécial consacré à Nellie Bly (n° 26, 1993), réalisé par Jean-Michel Margot et Daniel Compère. D’autres textes restent toujours mal connus, malgré leur importance primordiale pour la biographie de Jules Verne – par exemple « Michel Verne et la Dugazon », toujours par la même Cécile Compère (n° 35/36). La (re)lecture de cette revue s’avérera donc fructueuse pour tous les amis de Jules Verne, même ceux qui croient déjà tout savoir.

Si j’ai cité tant de fois le nom de Cécile Compère, c’est qu’elle était l’âme de cette publication. Son savoir encyclopédique sur Jules Verne, qui perce dans toutes ses publications, m’a toujours fait regretter qu’elle, qui nous a quittés en avril 2006, ne nous ait pas laissé une monographie sur son auteur favori (qui pourtant avait dû se partager cette place avec Émile Zola !). Elle m’a souvent dit qu’elle n’en avait pas le temps, tant la gestion du Centre et l’assistance aux recherches des visiteurs prenaient tout son temps. Aussi dommage que soit ce résultat, c’est donc le J.V. qui constitue en quelque sorte son monument, tout en signalant aux nouveaux et futurs lecteurs de Jules Verne d’autres pistes à suivre, d’autres sujets à approfondir.

Volker Dehs

 

 

Je n’ai pour ma part connu Cécile qu’environ trois ans, lorsque nos chemins se sont croisés quand je suis entré au Comité de Rédaction de la Revue Jules Verne et je fus impressionné par l’aura qu’elle pouvait avoir. Je me souviendrai toujours de cette rencontre, j’en étais ému car pour le jeune chercheur de 19 ans que j’étais, être face à face avec une des personnalités verniennes dont le nom de famille, si vivement cité dans les biographies, m’était si familier, fut d’une émotion que je souhaite à chacun de connaître. La rencontre avec Daniel me fut aussi un moment très fort car Daniel fut le maître à penser de mes premières armes verniennes (avec Volker, il faut le dire). Ainsi lorsque je me suis lancé dans la mise en ligne des J.V. (un peu maladroitement, il est vrai) c’était pour mettre à l’honneur la famille Compère, en hommage à l’immense travail que ses membres ont accompli, car souvenons-nous, jeunes chercheurs, qu’ils furent, à tous,  nos parents.

 

 

Alexandre Tarrieu

 

 


N'hésitez pas si vous avez connu Cécile et les autres membres de sa famille à laisser aussi votre commentaire.

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Bernhard 22/11/2009 16:10


Cher amis,

je ne peux rien que soutenir ce que Volker à écrit. De plus comme je suis un part du J.V. y figurant avec un humble article et deux fois avec l'information sur ma visite au Centre en bicyclette
venant de l'Allemagne directement... Si je suis connu aux vernians aujourd'hui par mes activités dans l'internet et mes rares travaux la raison fondamentale de cette activité se nom...Cécile et
Maurice Compère. Cécile est ma mère verniane et française, Maurice mon père. Pourquoi?

Comme élève du lycée à partir d'un age de 16 environ que j'ai commencé des passer mes vacances sur mon vélo, et en été 1985 j'ai décidé de faire une tour de France - Nord en passant les endroits
qui m'étaient connus de la biographie de Jules Verne: Amiens, le Crotoy et Nantes. (Il faut dire que j'ai ne pas connu beaucoup des détails de sa bio à part de cela). Habitant à Heidelberg qui se
trouve à 70 km d'Alsace j'ai passé les Vosges et dans un arc au Nord de Paris je suis cyclé à Amiens, y habitant dans l'auberge de la jeunesse (existant à ce temps encore à Amiens). En recherche
des traces de Jules Verne je suis arrivé à la maison JV et là j'ai rencontré Cécile et Maurice. Je peux vous raconter des histoires et anecdotes sans fin de mes visites...mais cela va craquer ce
blog je pense... Je suis retourné en 1986 en train, en 1987 en vélo, et par voiture ou train dans les années plus tard. En 1996 j'ai passé même mes noces à Amiens avec ma femme, Cécile nous à
arrangé un quartier au boulevard JV proche du Cirque n'existant plus aujourd'hui.
Pour conclure: sans Maurice et notamment Cécile mon intérêt à JV probablement n'aurait pas se développé si intensive, et peut - être même mes forces d'apprendre le français auraient plus humbles
comme ils étaient.

Comme je suis heureux d'avoir toutes les numéros du J.V. (et pas seulement quelques - unes comme Volker à écrit de la Bibliothèque Nationale) je vais soutenir Alexandre dans la publication en ligne
ou cela est nécessaire

Bernhard Krauth.


rjv 23/11/2009 20:30



Merci Bernhard pour ce commentaire et ces encouragements.


RJV.